
Paris et Berlin finalisent leurs négociations pour un nouveau traité de gouvernance: plus intrusif, il poussera les États à faire des réformes structurelles. Une réponse politique, alors que sur les marchés la crise s'aggrave.
Pour l'instant, les négociations se déroulent exclusivement entre Paris et Berlin. Mais elles déboucheront sur un accord qui concernera toute l'Europe ou, au minimum, toute la zone euro. La France et l'Allemagne ont intensifié leurs discussions ces dernières heures pour renforcer le pacte de stabilité. L'objectif est d'en présenter les grandes lignes à leurs partenaires européens avant le sommet du 9 décembre. Il y a urgence: la crise s'aggrave jour après jour, comme en témoigne l'envolée des taux italiens et espagnols la semaine dernière. À mesure que la fin de l'année approche, nombre d'économistes se demandent comment les États européens pourront se refinancer en 2012. Pire: dans le plus grand secret, plusieurs grandes banques, surtout anglo-saxonnes, ont mis en place des protocoles internes à activer pour protéger leurs actifs en cas d'éclatement de la zone euro. Preuve que ce scénario, virtuel il y a encore quelques semaines, est devenu un risque plausible…
Les rumeurs les plus folles circulent désormais : dernière en date, selon le journal italien La Stampa d'hier, le FMI pourrait proposer un prêt de 400 à 600 milliards à l'Italie. À Washington «on se refuse à commenter ces informations», à Paris on les dément.
Club des super-Européens
Pour l'heure, la France et l'Allemagne croient encore en une réponse politique à la crise sous la forme d'un durcissement des traités en vigueur. Selon le Welt am Sonntag, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy envisageraient la mise en place d'un pacte de stabilité et de croissance limité à quelques pays de la zone euro. Selon ce nouveau pacte, un «club des super-Européens», articulé autour des six pays de la zone euro bénéficiant d'une notation AAA (France, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande, Luxembourg) s'astreindrait à une plus grande rigueur financière. Ce texte pourrait être adopté dès janvier ou février 2012, selon des sources gouvernementales allemandes citées par le journal. Il se fonderait sur des accords bilatéraux, sur le modèle de l'accord de Schengen sur la circulation des personnes qui concerne dix pays membres de l'Union européenne. Ceci permettrait d'éviter d'attendre une réforme des traités susceptible de traîner en longueur.
Une zone euro à deux vitesses ? L'idée est formellement rejetée du côté de l'Élysée. «Nous travaillons à une réforme des traités à 27 et s'il n'est pas possible d'y parvenir, nous ferons un traité avec les 17 membres de la zone euro: exclure les pays les plus fragiles de la zone serait absurde, puisque ce sont eux qu'il faudra surveiller en priorité», commente-t-on dans l'entourage du chef de l'État.
Ces futures réformes «seront équilibrées entre discipline et solidarité», indique-t-on à Paris. Côté discipline, le nouveau pacte sera plus intrusif: il donnera davantage de moyens de surveillance sur les budgets nationaux aux autorités européennes, quitte à permettre l'envoi de missions sur place. De même, les pays membres ne s'engageront plus seulement sur des trajectoires budgétaires : ils devront s'engager sur des réformes structurelles. «Il y aura de vraies sanctions», à la clef, a prévenu la ministre du Budget, Valérie Pécresse, sur Canal+. En contrepartie, la solidarité financière sera réaffirmée : « Les discussions portent sur la mise en place du mécanisme européen de solidarité à partir de mi-2013 qui pourrait par exemple fonctionner, selon le principe d'une supermajorité plutôt qu'à l'unanimité, afin d'assouplir son utilisation», confie un négociateur.
Ces règles strictes seront proposées à tous. Mais rien ne dit qu'elles seront acceptées par les Dix-Sept. «Ceux qui les refuseront devront en tirer les conclusions sur leur appartenance ou non, à la zone euro», confie-t-on avec fermeté au sein du gouvernement français.
Le FMI pourrait prêter 400 milliards à l'Italie
Christine Lagarde étudierait l'hypothèse de prêter à l'Italie de 400 à 600 milliards d'euros pour une période de dix-huit mois. La directrice générale du FMI en aurait discuté par téléphone avec Mario Monti, selon des sources financières à Washington citées hier par le quotidien La Stampa. Ce prêt important serait consenti à un taux compris entre 4 et 5%, très largement inférieur aux rendements de 8% atteints vendredi dernier sur les marchés par les bons du Trésor (BTP) italiens à deux ans.
L'Italie doit renouveler l'an prochain 440 milliards d'euros de titres d'État, dont la moitié d'ici à avril. Les taux d'intérêt consentis pour servir une dette colossale de 1900 milliards d'euros (120% du PIB) deviendraient insoutenables s'ils se maintenaient longtemps aux niveaux actuels.
Lors du G20 de Cannes, début novembre, Silvio Berlusconi avait été mis sous pression pour accepter la venue de superviseurs du FMI sur les comptes publics italiens. Il avait fini par les accepter, tout en déclinant une offre de prêt de 44 milliards d'euros avancée par le fonds, au prétexte que «l'Italie peut s'en tirer toute seule».
Alors que les envoyés du FMI sont attendus ces jours-ci à Rome, la situation monétaire s'est brutalement dégradée. Selon La Stampa, le FMI estimerait prioritaire d'intervenir en Italie pour sauver l'euro. Il attend toutefois que le gouvernement italien adopte le plan d'austérité que Mario Monti promet maintenant pour le 5 décembre. Le prêt du FMI serait conditionné par la nature et l'ampleur des réformes qui seront alors adoptées. Trois modalités d'intervention seraient envisagées: l'émission de droits de tirage spéciaux (DTS). Des interventions coordonnées avec la BCE, avec l'accord de Berlin. Ou bien un prêt direct, moins probable, sa taille ne permettant pas au FMI d'utiliser ses ressources traditionnelles.
- Doura Diallo -
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